Lettre d’un père à son fils
Ce que j’ai appris de la vie…
Il en est de la vie comme d’un grand théâtre
Un acteur y tient rôle ; redouté ce bellâtre
Il se nomme destin ; de nos vies il en joue
On le craint, le maudit, quand notre vie échoue
Destin, qui donc es-tu, toi qui marques nos jours
En séditieux discret on te croit sans recours
Tel un maître puissant, clément ou bien cruel
On subit ton diktat ; tu es enfer ou ciel
Serais-tu dépendant d’un hasard capricieux
Ou bien l’impresario d’un dessein mystérieux ?
Si parfois ton verdict semble être démesure
De nos faits d’armes en serais-tu juste mesure ?
En ce monde est le temps ; les heures, les jours, les ans
Tous se croient importants ; ils se veulent puissants
Il n’en est rien, pourtant ; ne sont que les enfants
Inspirés ou légers, de ce que vit l’instant
Car c’est bien lui l’acteur de ton noble avenir
Qui façonne et instruit ton futur à venir
De tes renoncements, de tes actions profondes
Dépendra ton destin, s’accomplira sa ronde
Pourtant, l’instant n’est rien sans un rien de conscience
Sans elle il ne serait qu’un point en l’existence
L’étalon de ce temps qui vient et qui trépasse
Perdu à tout jamais, car jamais ne repasse
Alors, instant sacré, comment doit-on te vivre
Comme un cheval dressé ou comme un homme ivre
Si l’on veut que destin s’accorde avec bonheurs
Et non point qu’il se mue en creuset de nos pleurs ?
La conscience, vois-tu, devrait gérer nos actes
Et nos instants de vie faire avec elle un pacte
Entends-la te parler ; sois toujours à l’écoute
De tout ce qui fait toi ; ne laisse point le doute
T’imposer un destin loin de tes exigences
Tromper ton devenir, te voler l’existence
Suis ton être profond ; lui seul est vérité
C’est lui l’instigateur de ta vraie destinée
Alors, ô toi, l’instant, et toi, conscience d’être
Soyez la probité plutôt que le paraître
En ton noble avenir, qu’ils soient entendement
Car le fait est trompeur ; maître est ton jugement
Qu’il soit ta vérité, ton instinct en la vie
À un destin choisi, c’est bien lui qui te lie
Je ne t’ai point tout dit, mais s’il en manque encore
Il est de ton vouloir de créer le décor
Le destin ? C’est un leurre, enfant de l’ignorance
De nos craintes, espoirs, de notre suffisance
C’est un futur factice; il n’est que ce présent
Qui se rappelle à toi quand en vient le moment
Souviens-toi des moments, des mois, des jours, des ans
Mais sans maître regret ; toujours va de l’avant
S’ils ont fait de ta vie une noble aventure
À vouloir les tenir, ils deviennent censure
Si tu dois revenir sur un temps révolu
Souviens-toi qu’en l’instant, un jour il fut vécu
Ne t’en affecte pas ; le passé n’a plus d’heure
Tout comme le futur, malheur à qui les pleure
Trois petits mots encore, pour bien marquer la chose
Offerts sans prétention, en vers ou bien en prose
À chaque heure du jour, sans loi ni sans raison
Des bienfaits de la vie savoure la moisson
Sois joyeux sans façon, car une joie sereine
N’a besoin de raison pour être souveraine
Accueille en toi le vrai, l’authentique servage
À un destin heureux de te rendre plus sage
Tend l’oreille à ton cœur, écoute son message
Et même si, parfois, sa vue tu ne partages
Candide ou bien soumis, il demeure l’acteur
D’un instant qui se vit sur un accord majeur
Papa



