«Nous connaissons l’étendue de nos devoirs envers la France et envers la République et nous sommes décidés à les remplir. »
Ainsi s’était adressé le colonel Denfert-Rochereau à l’ennemi qui le sommait de se rendre.
Reddition !! Cet ordre fut ma première mort.
Le siège
Et le canon tonnait, tonnait, semait la mort Il meurtrissait les pierres ; il mutilait les corps À la solde d’un prince il voulait la victoire D’un pays belliqueux s’accaparant l’Histoire Il se savait puissant ; il se croyait glorieux Se voulait conquérant, se voyait victorieux Résister vaillamment vaut plus qu’une conquête Quand de fiers combattants ne baissent point la tête Face à un ennemi qui veut en impiété S’approprier ce droit qu’on nomme liberté Leur combat a cessé après cent trois longs jours Par un ordre reçu, sans gloire et sans bravoure Que vaut donc ta fierté de nous avoir vaincu Sans nous mettre à genoux, par un ordre reçu ? Tu le savais pourtant que l’on ne peut en vain Convoiter une terre, lui voler ses demains Vois-tu, sombre ennemi, ta victoire sans gloire Jamais ne fleurira au jardin de l’histoire Alors que nos soldats, combatifs et vaillants Ont gagné cet honneur qui sied aux résistants Et ce fut celui-là, par le respect servit Les armes haut levées qu’aux vaincus tu rendis Toi, Denfert-Rochereau, stratège au cœur vaillant Toi qui a résisté au puissant assaillant Si ton nom est cité dans nos livres d’histoire C’est pour nous en héros qu’il étreint nos mémoires Et si l’on se devait d’honorer ta personne Courageuse, obstinée, face au canon qui tonne C’est ton bronze dressé au cœur de la cité Qui brave notre oubli pour une éternité
De toi, Belfort
Ô toi, ville assiégée, meurtrie mais affranchie Vivante et souveraine malgré ton agonie Sous un voile sacré le linceul de l’histoire Recouvre désormais tes haut faits et ta gloire Il est en nous un lieu qui se nomme devoir De par ses fondements, on ne peut le déchoir Qu’importe l’obédience, les dogmes et la foi En un cœur exalté son esprit devient loi Ô toi, Edouard Meny, toi le maire éprouvé Marqué par la douleur des gens de ta cité Vivant la compassion sans vivre la fierté Ton combat fut devoir en ton humanité Et que dire de vous, habitants de Belfort Vous qui avez souffert l’assaut de votre fort Vous êtes les héros de vos combats sans armes Affrontant le canon, la douleur et les larmes Que votre exaltation, cet enfant du courage Devienne le ferment d’un vivant héritage Celui qui nous convie à vivre en dignité Nos actes et valeurs face à l’adversité Ainsi, dans la souffrance, ô toi, fière cité En ta terre de France gagnais ta liberté
De notre lion
Mais que vaut la bravoure privée du souvenir De ceux qui ont souffert pour notre devenir ? Ainsi es-tu venu, toi le lion de pierre Afin que nul n’oublie l’enjeu de cette guerre En témoin silencieux tu te veux désormais De la ville anoblie notre emblème à jamais Auguste Bartholdi, ton œuvre est magistrale Tu le voulais puissant ; il est monumental Son poitrail haut dressé, sans rancune et sans gloire Sans esprit de vengeance, il se veut la mémoire Du combat héroïque et de l’abnégation D’un petit bout de France soumis à l’oppression Ami d’ici, d’ailleurs, toi qui est de passage Suspends ton pas pressé, écoute mon message Si symbole je suis, perché sur mon prétoire J’aimerais plus que tout, en nos livres d’histoire Lire la vanité de conquérir le monde S’approprier son cours au mépris de sa ronde Alors va, mon rugir, par-delà les frontières Va dire l’ineptie, la folie de nos guerres Fustige cet orgueil tiré de nos fait d’armes Ces tendancieux servants de la mort et des larmes Car si un pieux combat peut glorifier l’Histoire Il sied à notre cœur de nous offrir l’espoir De rêver une terre où les frères humains Jouiront pour toujours leurs paisibles demains
“ Le malheur ne prend corps que dans le cœur de ceux et celles qui ont perdu tout espoir. ”
Qui ne connait pas la pâtisserie ORIEZ à Belfort ? Gilbert Thomas, gourmand des mots et de gâteaux, trouva l’inspiration en écrivant ce savoureux texte.